Narcisse : quand la lingerie fine s’invite dans le cancer du sein

Eva-Line, Victoire, Marine-Alice, Juliette, Clara et Aude étudient à l’ESDES, école lyonnaise de management. En 3ème année, leur formation leur impose un projet de création d’entreprise innovant.

Elles sont jeunes et jolies. Elles rêvent féminin, glamour et lingerie fine. Elles nous présentent Narcisse.

Eva-Line, bonjour. Vous êtes le porte-parole de l’équipe Narcisse. Vous avez accepté de présenter votre projet. Alors d’où est venue cette idée « cancer et lingerie »?

Nous avions envie de parler de féminité. Alors, tout naturellement, nous nous sommes orientées vers la lingerie. Avec comme objectif, une offre différente de celles du marché. Il restait donc à cibler notre public. Nous pensions aux femmes enceintes. Mais un de nos tuteurs nous a parlé des femmes ayant subi l’ablation d’un sein. Le challenge nous a plu. Et nous avons bâti virtuellement Narcisse.

Et pourquoi Narcisse ? Pour le mythe ou pour la fleur ?

Pour les deux ! Le mythe car Narcisse tombe amoureux de son propre reflet. Et que pour des femmes mastectomisées, l’exercice du miroir est une vraie souffrance à dépasser. Et la fleur, parce qu’elle est belle, élégante. Une fleur, ça parle aux femmes.

Mais ces femmes peuvent se faire reconstruire le sein ! Quelle place alors pour votre projet ?

Oui, bien sûr, la chirurgie permet une reconstruction de qualité. Mais à la lecture des chiffres, nous nous sommes aperçues que très peu de femmes y avaient recours. Pour différentes raisons d’ailleurs. Et l’achat de sous-vêtements pour ces femmes dites amazones est une vraie galère.

Vous voulez dire qu’il n’existe rien sur le marché ?

Si, mais des produits proposés uniquement dans des boutiques spécialisées. Entre le déambulateur et l’urinoir … (rires). Les couleurs sont restreintes : blanc, beige et noir. Le modèle est quasiment unique, très austère d’aspect. Et les femmes que nous avons rencontrées demandaient de la lingerie fine, des dentelles, du glamour… Il y avait un vrai décalage entre l’offre et la demande !

Vous avez rencontré beaucoup de femmes malades ?

Oui, nous avons organisé une table ronde. Il était important pour nous de proposer une solution complète, concrète et humaine. Il en allait de la crédibilité de ce projet. Nous avons écouté ces femmes. C’était très émouvant !

Qu’est ce qui vous a le plus interpellé dans ces témoignages ?

Leur formidable envie de vivre et leur besoin de féminité. Toutes ces femmes avaient mené un combat difficile et douloureux. Elles avaient perdu leurs cils, leurs sourcils et leurs cheveux. Mais elles n’ont jamais perdu l’idée qu’elles étaient et qu’elles restaient des femmes. La féminité n’est pas passée au second plan. Bien au contraire …

Et cela vous a surpris ?

Au début, oui. Après le cancer et ses traitements très lourds, la lingerie fine, cela parait dérisoire, presque futile. Mais en les écoutant attentivement, on a compris leur envie et leur besoin de retrouver un corps sexué et désirable. Elles avaient de vraies attentes de couleurs, de fantaisie, de plaisir d’acheter. Elles voulaient sortir des griffes du monde médical et revenir à la vie normale ! Elles avaient besoin de légèreté.

Aviez-vous conscience d’aborder un sujet très délicat en termes de perception du grand public ?

Alors là, complètement. Le cancer du sein touche une femme sur dix au cours de son existence. Ce qui est énorme ! C’est devenu un vrai problème de société. Mais sa gestion sociétale reste compliquée. Il faut dédramatiser mais sans banaliser. D’autant que le sein reste un organe érotique et sensuel. Il est très présent dans l’histoire des arts. Chaque époque de l’histoire l’a habillé ou déshabillé à sa manière. Et toujours joliment ! Que ce soient avec les  bustes corsetés des courtisanes au début du siècle dernier, les sous-vêtements plats des garçonnes dans les années folles, les dessous chauds des pin-up dans les années 50 ou les décolletés pigeonnants des années 90 ! Il n’y a guère que les geishas qui cachaient leurs seins en les bandant sous leur kimono. Alors oui, nous avions conscience d’avancer sur des œufs.

Et si c’était à refaire ? Même sujet ?

Sans sourciller. Notre but était de créer une entreprise différente. De faire passer un message dans le grand public. D’oser affirmer devant nos camarades de promotion que ces femmes, pourtant atteintes au cœur de leur féminité, n’en étaient pas dépourvues. Je crois qu’ils nous ont entendues.

Si on parle résultat, c’est certain. Votre projet a été retenu parmi les six finalistes de ce concours de printemps. Ce qui est déjà bien. Et au terme de la présentation finale, vous arrivez secondes et vous raflez le prix « des étudiants » décerné par vos pairs ! Pas trop déçues d’être passées si près du but ?

Non, pour nous, la véritable victoire est d’avoir réussi à sensibiliser des jeunes, garçons et filles, à notre projet. Ce prix des étudiants était la plus belle récompense possible. Alors non, il n’y a aucune déception sur cette seconde place.

Et pour finir, Narcisse, projet d’étude ou projet professionnel ?

Pour l’instant, projet d’étude car il nous reste deux années d’étude. Mais monter notre entreprise après, oui, pourquoi pas ! Mais c’est encore trop tôt pour le dire….

Propos recueillis par Agnès Charbonnier, article paru dans le Progrès du 22 mai 2012

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